Pourquoi se préoccuper des politiques territoriales en faveur de l’économie solidaire ? Est-ce bien l’échelle des porteurs de projet et des préoccupations de terrain ? Est-ce du concret, un apport de solutions, ou encore des grandes visions stratosphériques ? En quoi cela nous concerne ?
Et pourtant, les politiques nationales, régionales, territoriales, nous concernent au plus haut point. L’avenir de nos actions en est souvent très étroitement lié : soit parce qu’elles définissent des champs d’action prioritaires et en donnent les moyens de leur développement, soit parce qu’elles peuvent restructurer les liens entre les divers acteurs. Relativement récente et instituée au niveau national du temps du Secrétariat d’Etat à l’économie solidaire (de 2000 à 2002), l’action publique en direction de l’économie solidaire est aujourd’hui à l’acte dans bon nombre de régions, de départements, intercommunalités et municipalités. En effet, ces collectivités prennent de plus en plus en compte le rôle de l’économie solidaire dans les logiques de développement local.
Nous ne pouvons pas avoir les yeux bandés face aux choix des décideurs. Plus encore, il reste vital que les acteurs puissent connaître ces débats, participer aux groupes de travail, apporter des critiques et des contributions, essayer d’infléchir ces moments de décision. Lourde et difficile tâche, souvent pratiquement impossible pour les initiatives de terrain qui, le nez dans le guidon, et navigant à la recherche d’un minimum de stabilité financière ( ?), se sentent à des années lumière de ces décisions.
Or, les politiques se sont toujours nourries des expériences de terrain. C’est souvent parce qu’il y a eu des précédents et des réalisations, que des législations se sont affinées progressivement et que des milieux socio-économiques se sont instaurés avec un étayage juridique. Car le droit est aussi une production sociale, et non simplement un parachutage d’idées venue d’un think tank inconnu.
Alors... qu’est-ce qu’une politique territoriale ? C’est un ensemble de diagnostics, de lois cadre et de dispositions d’application, de schémas de développement (le SRDE par exemple), de priorités territoriales (services aux personnes, commerce équitable, environnement, tourisme solidaire...), de lignes de financement (soutien aux expérimentations, à la sensibilisation, à l’entrepreneuriat coopératif, conventions territoriales ou sectorielles...). Mais aussi des services administratifs interlocuteurs, des « guichets », des appels à projets, des indicateurs, des groupes de travail .... et enfin, la création d’organisations parapubliques qui mettent en Å“suvre et coordonnent ces politiques.
En effet, durant ces derniers années, on assiste à une montée en charge de la législation concernant l’économie sociale et solidaire (ESS). Ces deux termes sont quasi systématiquement associés, non sans ambiguité car ils recouvrent des notions, des réalités et des définitions très diverses. Se sont créés des Vice-présidences à l’ESS aux conseils régionaux et généraux, et des adjoints au Maire dans les collectivités locales ; ainsi que des services instructeurs. Et aussi des Centres de ressources et des « dispositifs locaux d’accompagnement ». Le terrain institutionnel est désormais fortement balisé et nous ne pouvons pas l’ignorer : d’où la nécessité de comprendre, d’en débattre et de se positionner clairement. Car l’économie solidaire, au-delà de son rôle d’interpellation, devient un partenaire de l’action publique, notamment locale.
Autant que la compréhension des acteurs et des ressources des territoires, une intelligence partagée des politiques territoriales , se fait sentir. Elle nous permettra de ne pas rester isolés et focalisés sur notre fonctionnement au jour le jour, mais de donner de la perspective et du contexte problématisé à nos pratiques et à nos efforts.
Ana Larrègle
| La région et l’économie sociale et solidaire
Les nouveaux mécanismes financiers et commerciaux modifient les rapports sociaux et le fonctionnement de l’économie des territoires. C’est pourquoi la région Ile-de-France a souhaité « mettre le progrès économique au service de l’emploi et du développement durable » en adoptant en octobre 2006, pour 5 ans et à titre expérimental, son Schéma Régional de Développement Economique (SRDE). Ce plan d’orientation économique fixe les trois axes stratégiques suivants :
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