C’est en peu de pages, 93, un grand ouvrage dont la densité et la qualité de style méritent lecture et relecture, réflexion et ouverture à débats sur ce problème d’actualité : la sécurité.
Robert Castel ouvre ce livre sur ce qui a fondé la "sécurité civile" et la "sécurité sociale" au cours d’une histoire qui en fait ressortir complémentarités et difficultés actuelles. Nous vivons une "nouvelle problématique du risque", qui appelle de nouveaux moyens de protection.
Pour résumer, l’insécurité gagne et se transforme. Elle est ressentie, médiatisée, avec les violences, incivilités, la dénonciation de boucs émissaires (tels les "jeunes de banlieue" qui prennent la suite des vagabonds et la figure bourgeoise du "prolétaire" du XIXème siècle). Elle s’étend au-delà des remises en cause de la Sécurité Sociale (qui, historiquement, a pris le relais des solidarités collectives (les familles, les corporations, guildes, la cité, etc.) pour voir de nouveaux risques, nés des "progrès", menacer notre environnement. L’insécurité gagne même nos assiettes aujourd’hui.
Deux idéologies se font face, celle des "risquophiles", pour qui le risque est "principe de reconnaissance de la valeur de l’individu" (E.A. Seillères ; D. Kessler) et celle des "risquophobes" pour qui l’individu désenchassé "navigue à vue au milieu des écueils" sans réussir à gérer ces risques qui l’accablent. Une idéologie des "forts" qui comptent sur eux-mêmes (et leurs propriétés) pour s’en tirer, s’oppose à celle des "faibles", qui comptent sur la protection de leur statut de travailleurs pour couvrir tous les risques.
L’avenir s’ouvre sur des problèmes qui freinent ce puissant désir de recevoir de l’Etat la couverture de l’ensemble des risques : va-t-on aller dans le sens d’une protection accordée en priorité aux plus démunis ? Va-t-on faire du travail un droit de la personne, au-delà des simples contrats qui tendent à organiser précarité et flexibilité sans garantie de continuité ? Voilà deux questions parmi d’autres que pose Robert Castel en conclusion.
Mais ne pourrait-on pas conclure avec Bernard Maris (dans son Anti-manuel de l’économie) que ces problèmes de la sécurité débouchent comme bien d’autres sur la question de fond en économie, celle du partage, autrement dit : de quoi est fait le gâteau ? qui tient le couteau ? qui distribue les parts ? et qui regarde ?
Antoine Pillet








